Pour rénover les bâtiments publics, il faut commencer par faire des choix
Frederik Christiaens (VEB)
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Les écoles, les communes et les établissements de soins savent généralement que leurs bâtiments doivent devenir plus économes en énergie. Mais lesquels resteront utilisés à long terme? Quelles interventions sont prioritaires, qui les encadre et comment les résultats sont-ils suivis? Lors de BuildUp, Frederik Christiaens a montré comment l'Entreprise Flamande de l'Énergie (VEB) aide les organisations publiques à passer de ces interrogations à des projets concrets.
Commencer par dresser un état des lieux du patrimoine
Souvent, l'énergie n'est pas l'activité principale des acteurs du secteur public. Ils doivent pourtant décider du sort de leurs bâtiments, sans toujours disposer des connaissances techniques, du temps et des moyens nécessaires. Selon Christiaens, les obligations successives compliquent encore cette mission. Les organismes doivent déterminer quelles mesures sont nécessaires, quand les mettre en œuvre et comment financer le tout.
"Souvent, l’énergie n’est pas l’activité principale d’un acteur public. Pour nous, en revanche, c’est le cas"
C'est pourquoi le VEB ne commence pas par une installation ou un contrat. Il faut d'abord déterminer quels bâtiments justifient de nouveaux investissements et lesquels pourraient être abandonnés à terme. Pour les bâtiments conservés, les mesures peuvent ensuite être planifiées. La rénovation devient ainsi une trajectoire viable plutôt qu'une série d'interventions isolées.
Le VEB soutient ces structures par du conseil et de l'accompagnement, mais n'exécute pas chaque projet lui-même. Pour les solutions d'efficacité énergétique et d'énergies renouvelables, il s'appuie sur des accords-cadres avec des acteurs du marché. Elles accèdent ainsi à l'expertise nécessaire pour concrétiser leurs projets.
Mesurer pour s’améliorer de manière ciblée
Une des solutions présentées par Christiaens est le 'Monitoring-as-a-Service'. Pour optimiser la consommation d'un bâtiment, il faut d'abord savoir où et quand l'énergie est utilisée. Un prestataire établit un plan de comptage, installe les compteurs et enregistreurs, puis configure le système et veille à son fonctionnement.
Ces mesures offrent un suivi continu des consommations. Les dérives et les possibilités d'économies deviennent visibles, ce qui permet de cibler les actions. Christiaens a précisé le modèle: les compteurs installés deviennent la propriété de la structure, tandis que le prestataire reste responsable des enregistreurs et du service de données, facturé via une redevance annuelle.
Le monitoring constitue ainsi un point de départ. La valeur des données dépend de leur utilisation: détecter une installation mal réglée, préparer une mesure ou vérifier si une intervention permet réellement d'économiser de l'énergie.
L’éclairage en tant que service et comme projet pilote
Pour l'éclairage, le VEB propose différentes approches. Pour les missions importantes, un bureau d'études peut réaliser une étude d'éclairage. Pour les projets plus modestes, un entrepreneur peut établir sur place une conception et un devis via un accord-cadre. Pour les projets de grande envergure, il existe également un modèle où l'éclairage est proposé en tant que service: l'investissement est alors étalé sur un contrat de longue durée et la structure devient propriétaire de l'installation au terme de celui-ci.
Un projet pilote est par ailleurs en cours dans trois écoles. Dans chacune, deux salles de classe sont comparées. La première classe est équipée d'un éclairage LED classique, tandis que la seconde associe l'éclairage LED à un pilotage intelligent basé, entre autres, sur la présence et la lumière du jour. Le test doit mesurer les économies supplémentaires apportées par cette régulation dans la pratique. Christiaens a souligné qu'il s'agissait d'une recherche; il n'a pas encore communiqué de résultats pour ces classes.
De la mesure au pilotage automatique
Le VEB étudie également comment les mesures peuvent mener directement à un meilleur pilotage. Dans le cadre de deux projets pilotes au sein du 'Programma Innovatieve Overheidsopdrachten', les systèmes existants sont interconnectés afin de réduire activement la consommation d'énergie. Leurs enseignements pourront servir à proposer une solution à davantage de bâtiments publics.
Le VEB prépare aussi un accord-cadre de mesure et de pilotage, qui réunirait collecte de données et régulation des installations dans une même solution. Christiaens y voit une étape franchie essentielle: si la compréhension de la consommation s'avère utile, les bâtiments ne gagnent en efficacité que lorsque le fonctionnement même des installations est modifié.
Un seul contrat pour plusieurs bâtiments
Certaines structures doivent aller au-delà d'une seule installation. Christiaens a donc abordé les contrats de maintenance et de performance énergétique, ou OEPC. Plusieurs bâtiments et mesures sont regroupés dans un même projet, qui peut englober les installations techniques et les panneaux photovoltaïques ainsi que des interventions sur les toitures ou les menuiseries.

Une étude préliminaire définit les bâtiments et mesures concernés, le budget disponible et le niveau d'économies visé. Les acteurs du marché peuvent ensuite soumettre une proposition. L'ESCO retenue, une société de services énergétiques, exécute les mesures et assure également la maintenance ainsi que les performances convenues pendant toute la durée du contrat.
Le volet de performance est essentiel. L'ESCO doit démontrer, année après année, l'économie d'énergie promise. Si le résultat est inférieur aux attentes, le contrat prévoit une correction financière. Si les performances sont meilleures, un bonus peut être partagé. Le suivi se poursuit ainsi après la réception des travaux.
Le VEB a aussi présenté les résultats de projets antérieurs. Pour l'AZ Vesalius, l'organisation a fait état d'une économie de 29.3% sur l'électricité et de 17.3% sur le gaz. Selon Christiaens, ces chiffres propres au projet illustrent le potentiel d'une approche groupée.
Grâce aux 47 mesures d’économie d’énergie mises en place pour la commune de Tessenderlo-Ham, les économies ont même atteint 35% sur l’électricité et 15% sur le gaz.
Une utilisation plus intelligente des panneaux solaires
Enfin, Christiaens a évoqué les perspectives d'une solution axée sur la flexibilité. Le VEB prépare un accord-cadre afin de mieux piloter les panneaux photovoltaïques et les batteries de ces structures, et d'exploiter leur flexibilité. L'analyse porte notamment sur les périodes de prix négatifs de l'électricité et sur l'interaction avec la gestion technique de bâtiment existante.
Le VEB souhaite aussi collaborer avec un acteur spécialisé pour ce service. Le contrat était encore en préparation lors de la conférence. Christiaens a ainsi illustré l'évolution plus large qui s'opère au sein des bâtiments: si économiser l'énergie reste primordial, la question du moment où elle est produite, consommée ou stockée suscite désormais une attention croissante. 
Avec GridFlex, le VEB souhaite gérer de manière plus intelligente les panneaux solaires et les batteries des organismes publics et exploiter leur flexibilité. Le contrat-cadre est encore en cours d’élaboration
La rénovation commence par une vue d'ensemble: une structure doit connaître ses bâtiments, sa consommation et ses priorités pour choisir la solution adaptée. Les accords-cadres, le monitoring et les contrats de performance offrent ensuite différents moyens de traduire ces choix en actions et de continuer à suivre les résultats.
Qui est Frederik Christiaens?
Frederik Christiaens est COO Efficacité Énergétique au sein de la société flamande de l'énergie flamande (VEB).
Depuis près de 10 ans, il y oriente les activités d'efficacité énergétique et travaille au développement ainsi qu'à l'application de services énergétiques pour le secteur public et non marchand. Ingénieur industriel et titulaire d'un master en économie d'entreprise, Frederik a acquis, avant de rejoindre le VEB, une solide expérience dans le conseil énergétique, les audits énergétiques et la rénovation énergétique des bâtiments. Son expertise se situe au carrefour de l'efficacité énergétique, de l'environnement bâti, de l'innovation et de la traduction pratique des nouvelles techniques sur le terrain.