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Vingt ans de réglementation PEB: de la résistance à la résilience

Comment deux décennies de réglementation PEB ont profondément transformé la culture du bâtiment

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La performance énergétique ne se résume pas à des chiffres et à des techniques, mais concerne également la conception, l'utilisation et le confort (photo: Elias Derboven)

Vingt années de réglementation PEB ont profondément transformé le secteur flamand de la construction. Ce qui avait commencé comme une obligation controversée s’est transformé en un moteur déterminant pour de meilleurs bâtiments, de nouvelles stratégies de conception et une notion différente du confort. Dans cette double interview, Griet Verbeeck (UHasselt) et Joost Declercq (Archipelago) reviennent sur l’évolution, les difficultés de mise en place et l’avenir de la performance énergétique. Leurs analyses montrent comment la réglementation, la conception et les comportements s’influencent mutuellement, et expliquent pourquoi la sobriété et la résilience climatique doivent constituer les prochaines grandes étapes.

TiM Vanhove - 5 septembre 2026

De plus en plus strictes, de plus en plus durables

Les vingt ans de la réglementation PEB constituent un beau point de repère. Selon vous, quel est le plus grand changement structurel que cette législation ait entraîné?

Griet Verbeeck: "Je n’aurais jamais pensé qu’aujourd’hui, nous atteindrions en moyenne le niveau E0 pour les logements neufs. Personne n’aurait pu prédire ce chiffre issu du dernier rapport PEB il y a vingt ans. Ce qui a été déterminant, c’est le durcissement des exigences tous les deux ans. Au début, ces durcissements étaient communiqués bien trop tard: les modifications avaient lieu en novembre et la mise en œuvre en janvier.

Mais à partir de 2013, l’ensemble du processus de durcissement des exigences, jusqu’à l’exigence BEN, a été clairement communiqué. Cela a entraîné un changement de mentalité: les architectes et les maîtres d’ouvrage ont pris conscience que les normes ne feraient que se durcir et ont commencé à concevoir en anticipant, notamment en tenant compte de l’impact du niveau E sur la valeur du logement. La question reste toutefois de savoir si, dans la pratique, tous les logements présentant un faible niveau E sont réellement aussi économes en énergie."

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Les chiffres de l’Agence flamande de l’énergie et du climat montrent que les logements neufs affichent des performances nettement supérieures à l’exigence légale. Cette tendance s’est accélérée depuis 2016. Source: Carte énergétique de l’Agence flamande de l’énergie et du climat (VEKA)

Joost Declercq: "En tant qu’architecte, j’ai vivement ressenti ce changement. Les conceptions à l’épreuve du temps, orientées vers la norme BEN, sont devenues un argument de vente dans le secteur immobilier. La réglementation PEB a fait son apparition juste au moment où je me lançais dans la pratique. Il y avait une certaine résistance face à cette réglementation supplémentaire, mais les architectes étaient autorisés à établir le rapport PEB eux-mêmes et beaucoup s’y sont mis avec de bonnes intentions. Pour la première fois, nous disposions d’un outil permettant d’analyser un bâtiment de manière quantitative — ce fut presque une révélation.

Au début, de nombreux architectes utilisaient même le PEB comme outil de conception, bien qu’il n’ait pas été conçu à cette fin. Mais à mesure que les nœuds de construction, la ventilation et l’éclairage ont été intégrés, la plupart des architectes ont abandonné cette approche. Dans le même temps, des aspects tels que l’étanchéité à l’air sont devenus un sujet évident, alors qu’ils n’existaient pratiquement pas auparavant. Le PEB a permis d’ouvrir le débat sur la construction durable sur le plan énergétique. Il nous a donné un langage pour parler de la consommation d’énergie. On peut discuter pour savoir si c’est le bon langage, mais le débat a bel et bien eu lieu. »

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Le projet de logements sociaux Solveld propose des logements quasi neutres en énergie (BEN) équipés d’un système de ventilation de classe A+. Ils démontrent que la norme BEN est également réalisable avec des installations techniques simples, à condition de disposer d’une conception architecturale de qualité (photo: Pieter Rabijns)

Technologie contre conception

Le PEB est-il devenu trop technique?

Griet Verbeeck: "Je constate que les logements ressemblent de plus en plus à des machines. De nombreux concepteurs semblent moins disposés à faire des efforts pour éviter cette technologie en recourant à des mesures passives telles que la protection solaire, les stratégies d’implantation des fenêtres, la compacité, etc. Ils se tournent alors vers une pompe à chaleur, un système de ventilation de type D et d’autres techniques pour respecter les obligations PEB. Les entreprises s’adaptent également astucieusement à cette tendance. Je constate ainsi que les étudiants et mes collègues sont convaincus que le système D est obligatoire, alors que ce n’est pas le cas. Il en résulte donc parfois des mythes qui sont erronés."

Joost Declercq, Archipelago
Joost Declercq, architecte et cofondateur d’Archipelago: "En réalité, les bâtiments consomment souvent deux fois plus que ce qui a été calculé" (photo: Archipelago)

Joost Declercq: "Le PEB a donné un coup d’accélérateur à certaines niches technologiques. Ainsi, un bâtiment durable est devenu de plus en plus la somme de composants de haute technologie. Cela a également donné lieu à l’idée reçue selon laquelle construire de manière durable revient à construire 'à grands frais'. Les concepteurs se sont de plus en plus tournés vers des 'composants plug-and-play' pour atteindre le niveau E, au lieu de privilégier une conception robuste. Le niveau S visait à valoriser les mesures passives, mais il a été perçu comme restrictif par le secteur et n’a donc jamais pu avoir l’impact escompté."

Rebond, prébond et modifications du confort

Pourquoi la consommation énergétique réelle ne diminue-t-elle pas autant que la consommation calculée?

Joost Declercq: "L’effet rebond joue un rôle majeur: les gens font preuve de moins de rigueur dans leur consommation d’énergie parce que leur logement est, pour ainsi dire, économe. Éclairage LED, chauffage dans toutes les pièces, systèmes de ventilation qui uniformisent la température partout: tout cela entraîne une augmentation de la consommation. L’effet de rebond solaire est désormais un fait scientifiquement établi: ceux qui disposent d’une installation photovoltaïque importante consomment souvent davantage. »

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Joost Declercq (Archipelago): "Les gens ont une attitude moins rigoureuse vis-à-vis de l’énergie: éclairage LED, chauffage partout,…" (photo: Pieter Gregoire)

Griet Verbeeck: "Le chauffage au sol et les espaces ouverts y contribuent également. Ils incitent à chauffer partout pour plus de confort. De plus, nous constatons que les logements obtiennent de bons résultats sur le papier, mais consomment encore beaucoup dans la pratique. Les étudiants qui analysent leur propre logement s’en rendent souvent compte. Il est frappant de constater que les logements équipés de nombreux panneaux photovoltaïques sont souvent aussi ceux qui consomment le plus. Une partie de cette consommation provient certes de l’énergie solaire, mais les panneaux photovoltaïques incitent souvent à consommer davantage.

Dans le cadre des rénovations, on observe souvent un effet rebond: là où les occupants consommaient moins que prévu avant la rénovation, ils consomment davantage après celle-ci, car ils pensent que l’amélioration énergétique de leur logement compense tout."

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Les énergies renouvelables semblent souvent être la solution pour réduire le niveau E sans pour autant déployer de réels efforts d'économie d'énergie. La part des énergies renouvelables a augmenté de manière exponentielle dans les logements neufs depuis 2014. Source: Carte énergétique de l’Agence flamande de l’énergie et du climat (VEKA)

À votre avis, où le système PEB a-t-il dérapé? 

Joost Declercq: "L’accent mis sur l’énergie primaire a trop orienté l’attention vers les installations. Investir dans une bonne enveloppe du bâtiment, c’est pour toute la durée de vie du bâtiment, ce qui n’est pas le cas des installations. De plus, l’écart de performance est important: en réalité, les bâtiments consomment souvent deux fois plus que ce qui est calculé. Des systèmes de régulation complexes ne font qu’agrandir cet écart."

"Le PEB était un bon outil, mais il a atteint ses limites" - Joost Declercq (Archipelago)

Griet Verbeeck: "La surveillance des systèmes énergétiques est utile, mais beaucoup de gens ne savent pas interpréter les données. La domotique nous rend dépendants de systèmes que nous ne comprenons pas toujours. Nous perdons ainsi le contact avec le climat et avec notre propre confort. Par exemple, beaucoup d’habitants ne savent plus comment rafraîchir leur logement après une vague de chaleur. Cette dépendance à la technologie nous rend plus impuissants, alors que les bâtiments anciens s’adaptaient souvent de manière plus intelligente au climat, sans recourir à des systèmes complexes."

Une qualité de construction plus globale

Le PEB doit-il alors mettre davantage l’accent sur le confort, la santé et la durée de vie?

Joost Declercq: "Le confort est souvent assimilé à 'plus de technologie'. Cela conduit à des dérives. Nous devons repenser notre définition du confort, surtout face au changement climatique.'

Griet Verbeeck: "Ce qui est aujourd’hui considéré comme le confort idéal – une température identique partout – n’est  pas sain en réalité. Les variations de température renforcent notre résilience physique. Cette prise de conscience fait encore défaut dans la réglementation. Le 'healthy discomfort' – l’idée selon laquelle de légères variations naturelles de température sont plus saines pour le corps – est un concept que nous devons adopter. Il conduit à des concepts de bâtiments moins gourmands en énergie, car une température constante et uniforme n’est pas nécessaire et peut même entraîner une consommation plus élevée."

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Les bureaux d’Archipelago à Louvain atteignent la certification E26 sans photovoltaïque grâce à une conception résolument adaptée au climat (photo: Elias Derboven)

Quels sont les principes de conception les plus importants?

Joost Declercq: "Le taux de vitrage, l’orientation et la protection solaire restent les trois choix déterminants en matière de conception. Les grandes surfaces vitrées sont séduisantes, mais un mètre carré de vitrage peut apporter jusqu’à 700 à 800 watts de chaleur. Si l’on ne maîtrise pas cet apport solaire, il faut ensuite le compenser par des moyens techniques, ce qui entraîne une demande de refroidissement plus élevée et une plus grande complexité. La conception de l’éclairage naturel en fait partie: c’est un choix que l’on ne peut faire qu’au stade de la conception. Traiter les quatre façades de manière identique ne fonctionne pas; le soleil et l’ombre varient selon l’orientation. Un bâtiment qui tient compte dès le départ du rayonnement solaire, de l'ombrage et de la lumière naturelle a beaucoup moins besoin de techniques actives et reste résilient face aux aléas climatiques."

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Griet Verbeeck (UHasselt): "L’isolation n’est pas le problème; le vitrage, oui" (photo: Pieter Gregoire)

Griet Verbeeck: "Les apports solaires sont encore trop souvent considérés sous l’angle du confort hivernal, alors que la surchauffe devient un enjeu de plus en plus important. Les bâtiments modernes sont dotés de grandes baies vitrées qui laissent entrer une chaleur considérable en été. L’isolation n’est pas le problème; le vitrage, oui. C’est pourquoi les protections solaires extérieures devraient être la norme: auvents, stores, volets ou toiles que l’on drape soi-même.

"L’accès à une énergie abordable pourrait devenir moins évident à l’avenir" – Griet Verbeeck (UHasselt)

Ce sont des solutions robustes et à faible consommation d’énergie qui s’inscrivent dans une démarche de sobriété. Les stratégies passives restent essentielles, même si les techniques actives évoluent rapidement. En effet, les systèmes actifs nécessitent toujours de l’énergie, et l’accès à une énergie (abordable) pourrait devenir moins évident à l’avenir, compte tenu des changements géopolitiques dans le monde."

Que signifie la nouvelle directive EPBD pour la Flandre?

Joost Declercq: "La nouvelle directive EPBD est claire: les mesures passives d’abord, les techniques actives ensuite. Il s’agit d’un changement de cap qui rompt avec le réflexe technologique. L’Europe a également compris que cette approche n’est pas tenable dans le contexte géopolitique actuel et qu’elle engendre des risques supplémentaires ainsi qu’une dépendance accrue. Le confort estival est explicitement mentionné, ce qui recentre l’attention sur la résilience climatique. Les concepteurs doivent repartir de la logique du bâtiment: orientation, enveloppe, inertie, protection solaire et refroidissement naturel par ventilation, bref, une 'conception architecturale résiliente'."

Griet Verbeeck, UHasselt
Griet Verbeeck, professeure à l’université de Hasselt: "L’accélération européenne exige une vision plus large: de véritables performances et une sobriété énergétique" (photo: Liesbeth Driessen)

Griet Verbeeck: "En matière de rénovation, le défi reste de taille. Les labels incitent parfois à choisir la voie de la moindre résistance: installer des panneaux photovoltaïques pour améliorer le label, sans réduire réellement la consommation. De ce fait, les logements obtiennent de bons résultats sur le papier, mais continuent de consommer beaucoup. L’accélération européenne exige une vision plus large: de véritables performances et une sobriété énergétique. »

Rénovation et sobriété énergétique

Comment rendre la rénovation réalisable et de qualité?

Joost Declercq: "La rénovation énergétique est souvent abordée sous l’angle de l’efficacité, selon la devise 'plus c’est, mieux c'est' mais il est parfois plus pertinent de repenser certaines interventions PEB obligatoires afin de pouvoir travailler dans une optique de sobriété. Le projet Slow Heat montre que le confort peut aussi s’obtenir autrement: grâce à des interventions minimales, des familles ont économisé entre 50 et 60% d’énergie. La rénovation doit partir de ce dont un bâtiment est déjà capable: structure, enveloppe, géométrie, orientation. Un architecte doit être capable de 'lire' un bâtiment du point de vue de la physique du bâtiment et de l’améliorer par des interventions ciblées."

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Les espaces intermédiaires non chauffés et les jardins d’hiver du centre de soins De Kerselaer permettent une conception très compacte et économe en énergie (photo: Archipelago)

Griet Verbeeck: "Les étudiants passent d’une approche axée sur la construction neuve à une approche axée sur la rénovation. Dans ce contexte, la notion de sobriété offre la liberté de faire ce qui est vraiment nécessaire, plutôt que ce qu’exige le label. On peut rénover de grandes habitations sous-utilisées en rendant certaines pièces confortables sans avoir à rénover l’ensemble du bâtiment. En ce sens, la rénovation exige une vision plus large: énergie, matériaux, impact carbone, biodiversité et environnement."

Où espérez-vous que nous en serons dans vingt ans en matière de performance énergétique des bâtiments (PEB)?

Griet Verbeeck: "J’espère une évaluation intégrée portant sur l’ensemble du cycle de vie, qui tienne compte de la sobriété énergétique, de la biodiversité et de l’environnement. Et de préférence avec un seul et même outil."

Joost Declercq: "Le PEB était un bon outil, mais il a atteint ses limites. Nous devons éviter de nous enliser dans une seule direction. L’impact environnemental ne s’arrête pas aux façades; l’aménagement du territoire et l’environnement jouent également un rôle."

QUI EST QUI?
Griet Verbeeck
Professeure d’architecture durable à l’UHasselt, experte en énergie, confort et sobriété. Elle a participé à l’élaboration des fondements scientifiques du système PEB et supervise des recherches sur la construction régénérative et axée sur la sobriété.
Joost Declercq
Ingénieur architecte et associé chez Archipelago architecten, spécialisé dans la construction durable et circulaire, la physique du bâtiment et la conception résiliente au changement climatique. Professeur invité en physique du bâtiment à l’université de Hasselt et actif dans la recherche sur la sobriété, le confort estival et les stratégies 'low-tech'.

 

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