La surveillance des toits ouvre-t-elle la voie à un tout nouveau modèle de revenus?
Les capteurs assurent une véritable sécurité
Les toitures ne sont plus depuis longtemps de simples barrières passives. En accueillant des panneaux photovoltaïques et d’autres installations techniques, elles ont acquis une fonction supplémentaire. Cette évolution rend toutefois plus complexe la détection visuelle d’éventuels problèmes. Parallèlement, l’impact des infiltrations d’humidité peut être particulièrement dommageable pour les activités se déroulant sous le toit. Il est donc essentiel de détecter rapidement le moindre défaut afin de pouvoir intervenir sans délai. Dans ce contexte, les capteurs intégrés à la toiture offrent une solution efficace. Là où les capteurs de base se limitent à une simple détection, les systèmes plus avancés permettent une gestion de la toiture basée sur les données. Pour les couvreurs, cela ouvre la voie à un tout nouveau modèle de revenus.
Plus qu'une simple détection de fuites
La surveillance et la détection des fuites sont souvent mentionnées dans le même souffle. Pourtant, elles remplissent des rôles légèrement différents. La surveillance est principalement liée au suivi des tendances et répond à la question de savoir si et dans quelle mesure un problème se développe, tandis que la détection des fuites est de nature plus binaire: y a-t-il une fuite d'humidité, oui ou non? Bien que subtile, cette distinction est fondamentale pour la perspective de cet article. Non seulement parce qu'elle est liée aux avantages qui peuvent être obtenus, mais aussi parce qu'elle s'accompagne d'un principe de fonctionnement, ou plutôt d'un choix de paramètres à mesurer. La plupart des solutions se situent quelque part entre ces deux extrémités.
Différents principes de fonctionnement
Les stratégies de détection des fuites sont nombreuses et, au sein de chaque catégorie, il existe encore de multiples variantes. Il n’est donc pas possible de toutes les aborder ici. Nous avons par exemple choisi de ne pas traiter l’inspection indirecte par thermographie, ni les tests par fumée ou par gaz. Cet article s’appuie plutôt sur une distinction entre approches passives et actives, même si d’autres classifications auraient tout aussi bien pu être envisagées.
Systèmes passifs
Dans cette catégorie appartiennent les systèmes qui ne déclencheront pas automatiquement une alarme en cas de fuite du toit. En d'autres termes, pour déterminer s'il y a un problème, le couvreur doit encore aller jeter un coup d'œil lui-même. Ainsi, dans le cas des capteurs passifs, vous devrez lire les résultats des mesures à l'aide d'un scanner. Dans le cas des capteurs RFID, le scanner envoie un signal électromagnétique. L'humidité modifie les propriétés électriques du matériau isolant dans lequel les capteurs sont intégrés, ce qui a un impact sur le signal renvoyé. Le scanner détecte ce changement. Un autre exemple de système passif intègre des tuyaux d'inspection dans le toit avec un point de contrôle au sommet par compartiment d'environ 300 m². L'eau qui pénètre par une fuite s'accumule sur le pare-vapeur et pénètre dans les tubes. Une simple inspection visuelle des points de contrôle suffit pour déterminer s'il y a une fuite.
Systèmes actifs
Il existe plusieurs variantes de systèmes actifs, mais leur fonctionnement repose toujours sur des données collectées par des capteurs, sous différentes formes. Certains se présentent même sous la forme de câbles sensibles capables de détecter l’humidité sur toute leur longueur. L’installation de ces systèmes est généralement précédée d’une série d’inspections visant à identifier les zones les plus vulnérables. Sur cette base, un plan de pose est ensuite établi. Ces zones se situent le plus souvent à proximité des évacuations d’eau, des pénétrations de toiture ou encore des équipements techniques. En effet, ces emplacements sont particulièrement exposés, notamment en raison de dommages potentiels causés lors de l’installation des équipements. Le principal avantage des systèmes actifs réside dans leur réactivité: dès qu’une présence d’humidité est détectée, les capteurs envoient une notification vers une plateforme numérique, permettant une intervention rapide.
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De cette manière, l'état d'une toiture peut être surveillé en permanence et à distance. Les capteurs transmettent à intervalles réguliers les petits paquets de données résultant de leurs mesures périodiques, soit directement sur le réseau mobile, soit via une passerelle vers une plateforme en nuage à laquelle le client a accès. LoRaWAN est un protocole de communication réseau souvent utilisé dans ce type d'application en raison de sa longue portée et de sa très faible consommation d'énergie. C'est important, car les batteries doivent pouvoir durer le plus longtemps possible (jusqu'à 20 ans). Les capteurs sont généralement placés à l'intérieur ou à la base du paquet d'isolation, juste au-dessus du pare-vapeur. C'est en effet là que l'humidité s'accumule. Le fabricant de tuyaux d'inspection réintègre ensuite simplement les capteurs dans les tuyaux.
Où se trouve la fuite?
Les systèmes actifs et passifs détectent donc l'humidité, mais pas au mètre près. Il faut plutôt penser en termes de zones: plus les capteurs sont nombreux, plus le compartiment est petit et plus la zone de recherche est étroite. Il est possible d'être beaucoup plus précis, mais il faut alors prévoir une couche conductrice (par exemple un voile de graphite) directement sous l'étanchéité du toit, qui agit comme un pont électrique. En effet, l'idée est de créer un chemin électrique mesurable jusqu'à la fuite. Comme la fuite est le seul point où le courant peut descendre dans l'eau, il n'est pas difficile de suivre ce chemin à l'aide d'un appareil de mesure. Il suffit d'appliquer une tension à la surface du toit. La fuite se trouve exactement à l'endroit où le signal est le plus élevé. De tels systèmes peuvent d'ailleurs être parfaitement combinés avec des capteurs. On obtient alors le meilleur des deux mondes: une localisation ponctuelle de la fuite en plus d'une surveillance continue du toit.
Le choix des paramètres en dit long
C'est le moment de renouer avec les distinctions subtiles du début. Le choix des paramètres que les capteurs doivent mesurer dépend des objectifs que l'on souhaite atteindre. Suffit-il de déterminer la présence d'humidité ou le client souhaite-t-il également connaître les performances de sa toiture et l'étendue du problème d'humidité? En fonction de la réponse, d'autres mesures sont nécessaires.
Présence d'eau, température et humidité
L'humidité peut être détectée de nombreuses façons, y compris indirectement en identifiant des déviations dans le comportement thermique d'une surface sur la base de profils de température. Mais le moyen le plus simple est direct: avec des capteurs qui réagissent lorsqu'ils entrent en contact avec de l'humidité libre. Il est vrai que cette méthode est très binaire. Mais surtout, la fuite n'est détectée que tardivement et les dégâts peuvent déjà avoir eu lieu, car l'eau a déjà parcouru un long chemin à travers le paquet de toit. C'est pourquoi on combine souvent la mesure de l'humidité absolue et de l'humidité relative.
Le premier paramètre indique la quantité réelle de vapeur d'eau dans l'air, tandis que le second met ce chiffre en relation avec la température. En effet, l'air chaud peut contenir beaucoup plus d'humidité que l'air froid. Quel est le lien avec la détection des fuites? Lorsqu'une fuite se produit, l'humidité est d'abord libérée sous forme de vapeur d'eau et l'humidité absolue augmente localement. En mesurant également l'humidité relative, il est possible de vérifier si cette augmentation est un effet de la température ou le résultat d'une fuite. En d'autres termes, cela permet d'éviter les fausses alertes. En principe, les toits chauds devraient connaître peu de condensation grâce au placement de la couche d'isolation directement sous l'étanchéité du toit. La structure du toit est donc protégée contre les fortes variations de température.
Conductivité
Certains systèmes disponibles sur le marché vont encore plus loin en mesurant, en plus de la température et de l’humidité, la conductivité. On entre alors pleinement dans une logique de surveillance intelligente des toitures. En combinant l’ensemble de ces données, il devient possible de suivre les performances globales de la toiture et de comparer les profils de température sur différentes périodes afin d’identifier des tendances. Le principe de ce paramètre supplémentaire est relativement simple: plus le niveau d’humidité est élevé, plus la conductivité augmente. Autrement dit, on ne se limite plus à une simple détection de présence d’humidité, mais à une mesure de son évolution dans le temps. Cela implique également un changement d’approche: le système ne déclenche pas immédiatement une alerte dès qu’il détecte de l’humidité. Il attend plutôt qu’un certain seuil soit dépassé, tout en excluant d’autres causes possibles, comme la condensation liée à une conductivité temporairement élevée. Cette méthode se distingue donc clairement des solutions plus basiques, en offrant une analyse plus nuancée et plus fiable.
Une série d'avantages
Traditionnellement, l’état d’une toiture est contrôlé visuellement à intervalles réguliers dans le cadre de l’entretien. Cette approche devient toutefois difficile, voire impossible, lorsque la toiture est équipée de panneaux photovoltaïques et d’autres installations techniques. De plus, ce suivi périodique ne convient pas aux clients dont des processus critiques se déroulent sous le toit. Dans ces cas, les fuites risquent d’être détectées trop tard, alors que des dommages importants ont déjà pu survenir. Les capteurs constituent dès lors une solution particulièrement pertinente, car ils permettent une détection beaucoup plus rapide des problèmes. Les systèmes actifs, en particulier, offrent un avantage supplémentaire grâce à leur capacité à déclencher automatiquement une alerte. Selon la densité du réseau de capteurs, il est également possible de localiser une fuite de manière beaucoup plus précise. Lorsqu’une couche intermédiaire conductrice est utilisée, un appareil de mesure peut même en identifier l’emplacement exact. Jusqu’à présent, ces solutions s’inscrivent principalement dans une logique réactive. Cependant, avec l’évolution vers une véritable surveillance des toitures, les données collectées ouvrent la voie à une maintenance prédictive. Anticiper les problèmes en amont permet non seulement d’éviter des dommages, mais aussi de prolonger significativement la durée de vie de la toiture.
Une bonne ou une mauvaise chose?
Grâce à la surveillance des toits, plus personne ne peut se cacher derrière des excuses: lorsque des travaux de mauvaise qualité ont été réalisés, les données le prouvent. En ce sens, cette évolution peut accroître la pression. D'un autre côté, elle ouvre de nouvelles perspectives. Pourquoi ne pas en faire un modèle de revenus?
Une formule d’abonnement intégrant la surveillance à distance via un tableau de bord pourrait constituer une nouvelle offre de service complémentaire. Grâce aux capteurs, il devient possible de surveiller un nombre de toitures bien supérieur à celui qu’un contrôle manuel permet aujourd’hui. Une autre piste consiste à se positionner comme partenaire privilégié des gestionnaires et des assureurs, en s’appuyant sur des données objectives et vérifiables. Dans tous les cas, les données historiques constituent également un atout précieux en cas de sinistre, en apportant des éléments de preuve clairs et documentés. En résumé, pour ceux qui cherchent à développer de nouvelles opportunités, cette évolution représente peut-être une véritable chance à saisir.