L'obligation d'électrification des flottes pourrait stimuler les ventes de VE, mais des défis subsistent
La Commission européenne travaille sur une législation visant à accélérer l’électrification des grandes flottes d'entreprises. Cette initiative s'inscrit dans le cadre du Plan d'action industriel automobile plus large, que la présidente Ursula von der Leyen présentera le 5 mars. Selon une analyse de l’organisation environnementale Transport & Environment (T&E), une telle législation garantirait la vente de plus de deux millions de véhicules électriques en 2030. Cela représenterait environ la moitié des ventes de VE nécessaires aux constructeurs automobiles pour respecter les objectifs d’émissions de CO2 fixés par l’UE et éviter des amendes.
L'importance des flottes d'entreprises pour l'électrification
Les voitures de société constituent le plus grand segment du marché automobile européen, représentant environ 60% des nouvelles immatriculations. Malgré leur potentiel pour accélérer la transition vers l’électromobilité, les entreprises électrifient leurs flottes à un rythme à peine supérieur à celui des ménages privés (14,3% contre 13,6%). En Allemagne et en France, les deux plus grands marchés automobiles de l’UE, le taux d’électrification des véhicules d’entreprise est même inférieur à celui des véhicules particuliers.
Une obligation à l’échelle de l’UE d’électrifier entièrement les flottes d'entreprises de plus de 100 véhicules d’ici 2030 aurait un impact significatif. Les constructeurs automobiles européens en bénéficieraient particulièrement, car 62% de leurs ventes sont destinées au marché des entreprises, contre 49% pour les marques non européennes.
Mesures politiques et impact sur le marché
En plus d’objectifs contraignants pour l’électrification des véhicules d’entreprise, il est proposé de mettre en place une initiative d’éco-score à l’échelle de l’UE, similaire au système français d’écobonus. Ce système récompenserait les véhicules électriques en fonction de l’impact carbone de leur production, favorisant ainsi les VE européens grâce à l’utilisation de sources d’énergie plus propres dans leur fabrication. En associant cette mesure à la nouvelle législation, la demande pour les véhicules électriques produits en Europe pourrait être davantage stimulée.
Cependant, certains experts soulignent les défis liés à une telle réglementation. Les constructeurs automobiles doivent déjà faire face à d’importants investissements pour respecter les normes d’émissions actuelles. L’électrification obligatoire des flottes d'entreprises nécessiterait non seulement une augmentation de la production de VE, mais aussi un déploiement accéléré des infrastructures de recharge, ce qui engendrerait des coûts supplémentaires et des exigences de planification tant pour les entreprises que pour les autorités publiques.
Prochaines étapes
La proposition visant à électrifier les flottes d'entreprises s'inscrit dans un débat plus large sur l’avenir de l’industrie automobile européenne. La Commission européenne a lancé en janvier un dialogue sur les défis du secteur, visant à développer une stratégie à long terme qui soutienne à la fois les objectifs climatiques et la compétitivité industrielle.
Si cette réglementation est adoptée, elle pourrait mettre près de sept millions de véhicules électriques supplémentaires sur le marché de l’occasion d’ici 2035, un segment clé où 80% des automobilistes européens achètent leur voiture.
Les prochains mois seront déterminants pour savoir si la Commission européenne mettra en place des objectifs contraignants pour l’électrification des flottes d'entreprises et dans quelle mesure cette initiative pourra concilier politique climatique et intérêts industriels.